Gréement de jonque moderne

Le Gréement des Jonques de Plaisance

Suwan Macha, Jonque de Plaisance de 16,5m en Thaïlande

Il n’y a qu’une vraie question: pourquoi des bambous et des mâts inclinés dans le ‘mauvais’ sens?

Hé bien comme souvent, c’est très simple: dans l’antiquité les Chinois qui ont pourtant beaucoup inventé, ne disposaient pas de tissus solides pour faire des voiles, ou quelques fois aussi, l’utilisation de tissus était interdite par des maîtres de guerre locaux (pour éviter sans doute que des citoyens aillent voir ailleurs et plus loin, si l’herbe était plus verte).

Il ne restait donc, au fond du jardin que des feuilles de latanier pas bien résistantes, mais aussi par chance des bambous qui installés intelligemment sur la voile, la renforce sérieusement. Il est probable que devant cette voilure, les Chinois n’ont pas eu de mal à imaginer de réunir ces ‘bômes’ par des écoutes multiples permettant de contrôler facilement la courbure de la chute et de prendre des ris en choquant la drisse et sans avoir à ligaturer des garcettes, ni même sans changer de cap!

Mais ce n’est pas fini et là c’est bien le fin du fin de l’astuce Chinoise: Pour faire virer de bord un bateau, il ne faut pas que la voile d’avant l’en empêche. Nous avons beaucoup plus tard inventé le foc… les Chinois avaient trouvé mieux: il suffit de mettre la misaine très en avant et de l’incliner vers l’avant.

Si vous laissez la voile se mettre en place par la gravité naturelle de son poids (Fig. 1), elle est dans cette position une voile normale. Mais si vous ajoutez une armure, en la raidissant, vous ‘effacez’ la partie avant de la voile (Fig. 2). En ‘envoyant’, le bateau peut entamer son virement de bord, puis dès que le lit du vent est franchi, on largue l’armure. La voile reprend toute seule sa position naturelle et le bateau peut alors suive sa nouvelle route sans aucune autre manoeuvre.

Il est à noter, que l’ensemble des bambous sont de très sérieux renforts qui permettent d’utiliser des tissus plus légers que sur les bateaux occidentaux. D’ailleurs la surface de voilure installée est une voilure maximum de petit temps puisqu’il suffit d’affaler, bambou par bambou, pour prendre des ris. Il suffit ainsi de jouer sur les drisses pour équilibrer le bateau sous voiles à toutes les allures (Fig. 3).

Dimitri Le Forestier

Le mât n’est pas haubanés, ils est implanté sur la carlingue (je parle ici de la Jonquinette) et soutenu par le renfort d’étambrai. Le fait que le mât ne soient pas haubané permet à celui-ci d’absorber les efforts dûs au vent (la rupture des mâts haubanés provient très souvent de ce haubanage qui empêche les mouvements naturels du mât). L’absence de haubans permet aussi à la voile d’aller à 90º vent arrière ou grand largue.

Les mâts de jonques ne portent qu’une voile qui n’a pas besoin d’être changée (par exemple en raison d’un changement de temps). De plus, les mâts ne sont jamais droits – pour de très bonnes raisons! L’inclinaison des mâts sur les jonques Chinoises a plusieurs buts dont le principal est de faciliter le virement du bateau. A mon avis, il y a un inconvénient majeur aux mât droits car il est difficile de virer de bord ou de modifier le centre de gravité de la voilure (sauf à prendre des ris). C’est pourquoi l’on voit souvent de tels bateaux avec un foc ajouté, ce que je considère comme une aberration (oublions aussi toute esthétique!) puisque l’inclinaison du mât permet, à l’aide de l’amure, d’avancer ou de reculer à volonté le centre de la voilure, plus simple, plus efficace, en fait bien Chinois. Cette possibilité de changer le centre de gravité de la voile peut aussi être mise à bon usage pour rendre le bateau plus ardent (ou le contraire) si nécessaire.

Dimitri Le Forestier

Les voiles sont en Dacron de 270-300g/m2, ce qui pour un voilier normal serait insuffisant, mais renforcé par les bambous, devient un grammage tout à fait adéquat. Elles sont simples et faciles à mettre en oeuvre puisqu’elles sont plates, donc sans creux.

La voile de jonque est une voile entièrement renforcée par des lattes de bambou. Plusieurs bandes de tissu sont cousues comme indiqué sur le plan de voilure et, comme il arrive souvent en construction traditionnelle Chinoise, l’angle de ces bandes de tissu varie de latte en latte afin de rester parallèle du côté de la chute. La voile est renforcée de chaque côté par des bandes de 60 mm en largeur dont les bords sont repliés sur eux-mêmes; et les bambou sont liés à deux rangées d’oeillets distribués uniformément le long de ces bandes de renfort.

La voile peut être sur l’un ou l’autre côté du mât et les bambous doivent être entre le mât et la voile. Grâce à ces multiples renforts, les efforts sur la voile sont réduits, ce qui permet d’utiliser des tissus plus légers que ce qui est en général utilisé pour les gréements occidentaux.

Anatomie de la voile de jonqueGréement jonque fig. 1Gréement jonque fig. 2Gréement jonque fig. 3